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Le 11/04/2009 à 10:40Actu diverse 2009

Très marquée par sa condamnation en France, c’est aux États-Unis que Eunice Barber organise doucement son futur.

Elle refuse de baisser les bras. D’accepter cette condamnation pour une interpellation musclée, pour laquelle sa tête lui martèle que c’est elle la victime (*). Guerrière, comme au temps de sa splendeur sportive, de ses cinq médailles mondiales qui la situent parmi les plus grandes. « Je suis encore un peu athlète, insiste Eunice Barber, qui s’étire sur l’herbe ensoleillée du Drake Stadium de Los Angeles. Et je continuerai mes allersretours en France. Mais c’est ici quema vie s’organise. » Ici, aux États-Unis. Depuis huit ans, elle s’exilait l’hiver dans la cité des Anges sans forcément ressentir le besoin de s’y poser plus longtemps, vivant à l’hôtel, prenant des cours de chant ou de théâtre. Une vie d’insouciance consacrée à ses ambitions sportives. Aujourd’hui, elle cherche une maison à acheter du côté de Culver City.

« Toute cette histoire m’a affectée humainement », glisse-t-elle. On le devine dans tout ce qu’elle entreprend, dans ce regard qui se voile. Mais la voix claque, révélant le malaise d’une jeune femme de trente-cinq ans, éperdue de reconnaissance pour le pays qui l’a accueillie adolescente. Ces paroles coulent, amères, violentes, presque malades : « J’ai vu la méchanceté des gens, des réseaux (judiciaires, médiatiques, politiques) qui cherchent à casser la communauté noire. Moi qui avais pourtant toujours nié le racisme en France... J’habite dans des quartiers huppés, mais tous les Noirs sont traités de la même manière, je l’ai enfin compris. J’étais aveugle. Là, je me suis pris un mur. La propagande a montré de moi l’image d’une sauvage. Ça m’a remise face à des situations de violence que j’avais vécues en Afrique, que j’avais cru quitter en arrivant en France. »

Elle a « perdu toutes (ses) illusions », mais pas l’envie de lutter. Même contre des chimères. « Je suis patiente. Un jour, je dévoilerai le complot qui a abouti à ma condamnation. J’ai des dossiers, des noms. Je veux expliquer aux Noirs que certaines de leurs idoles sont complices. » On craint pour son équilibre, Barber rassure, certifie qu’elle est prête, aussi, à prendre la tangente. Elle s’entraîne toujours, y décèle plus de plaisir qu’avant. Et se tourne vers l’avenir.

Une fondation pour avancer

Au-delà de la création de sa ligne de vêtements (« On en est au stade des prototypes », précise-t-elle tout excitée), elle entraîne bénévolement une poignée d’étudiants de West LA College. Sans diplôme, mais avec l’étendue de son expérience. « Quand je rentrerai en France, je travaillerai sur la pédagogie avec mon amie Sandra Lamrani et Claude Monot (son coach), pour qu’ils m’aident à formuler certaines séances », promet-elle, soucieuse de bien faire avec son « groupe » d’une dizaine d’athlètes. Barber veut donner plus. « Ce serait du gâchis si je ne rendais pas un peu de ce que j’ai reçu », justifie-t-elle. Elle évoque son idée de créer une fondation. Et ressurgissent ses traumatismes, même si elle s’en défend : « Oui, je suis concernée par les questions d’intégration, par la place des Noirs dans la société française. Mais je n’ai pas la prétention de sauver le monde. Juste donner la chance à des jeunes d’exprimer leur talent. »

Cela s’appellera Move On. « Arrête de gueuler et avance », traduit-elle dans un éclat de rire. Pêle-mêle, elle parle de guider des sportifs, des artistes, de futurs entrepreneurs. De financer des études, d’ouvrir des écoles en Afrique. Elle compte s’appuyer sur un réseau de confiance, en préservant ces liens solides qu’elle a tissés entre la France, les États-Unis, l’Angleterre (où vit sa soeur) et des pays tels que la Sierra Leone ou le Sénégal. Déjà, elle a ramené à Los Angeles dans ses valises un jeune athlète français, spécialiste du 400 m, qui bénéficie de l’oeil bienveillant de Bob Kersee. « C’est un athlète formé par Dominique Dufour... » Dufour, l’homme qui l’a découverte en Sierra Leone, qui a oeuvré pour son exil à Reims. Eunice Barber a beau s’ébattre, la France reste ancrée dans son coeur.

CÉLINE LONGUÈVRE - L'Equipe

(*) Elle a été condamnée le 2 décembre dernier pour « refus d’obtempérer », « rébellion » et « outrage », ainsi qu’à 5 000 euros de dommages et intérêts à la suite de son interpellation musclée par des policiers en mars 2006.

Un relais pour commencer

Sa dernière sortie datait du 29 juillet 2008. Quelques jours après avoir buté contre les minima olympiques à cause d’une opération d’un genou qui l’avait longtemps retardée, Eunice Barber s’était ensablée à Monaco (6,27 m). Jeudi, la championne du monde 2003 de la spécialité effectuait une séance en compagnie de Jackie Joyner-Kersee. «Mais je ne suis pas encore prête », assure Barber, qui renouera aujourd’hui avec la compétition dans la discrétion d’un 4 × 100m lors du… Jackie Joyner-Kersee Invitational, dans le Drake Stadium de Los Angeles. Un relais dont son facétieux coach, Bob Kersee, garde la composition secrète. Il reste que c’est bien à la longueur et sur 100 m haies que la Française se montre encore ambitieuse : « Physiquement, je me sais capable de très belles choses. » Ses blessures l’obligent à travailler différemment, renforçant quadriceps et ischios à raison de quatre séances hebdomadaires, mais elle ne se fixe rien moins que ses records personnels cet été dans le sable (7,05 m, RF, en 2003) et sur les obstacles (12’’78 en 2001), qu’elle repasse à l’entraînement pour la première fois depuis deux ans. Si elle ne se fait « plus d’illusions » quant à l’heptathlon et les Jeux d’été, Barber envisage toujours de se lancer dans un nouveau défi olympique en poussant le bobsleigh de la Franco-Canadienne Lesa Mayes-Stringer à Vancouver l’an prochain. Hier, elle s’est à nouveau entretenue du projet avec Didier Gailhaguet, le président de la Fédération française des sports de glace, mais les modalités sportives et économiques de l’entreprise restent à déterminer. – C. L.

par Mathilde - tags : Eunice Barber

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