Sans référence sur 1 500 m cet été, le Bahreïnien d’origine marocaine a remporté l’or, comme prévu.
Rachid Ramzi est un mystère. Et l’athlétisme, en ces temps troublés, n’aime pas trop les mystères. Avant ces Jeux Olympiques, l’impressionnant vainqueur du 1 500m d’hier (en 3’32’’94) n’avait disputé que deux meetings, l’un sur 2 miles à Eugene (2e derrière Lagat) et un autre sur 5 000 m à Tanger (en 13’10’’). C’est toujours deux de plus que l’an passé puisqu’il était arrivé aux Mondiaux d’Osaka vierge de toute compétition pour y décrocher l’argent. En 2007, l’étrange absence de Ramzi aurait été due à une blessure à la cheville. Cet été, selon son agent John Nubani, le fougueux Bahreïnien aurait également souhaité courir des 1 500 m, mais l’impossibilité de trouver un accord financier avec les organisateurs de Rome, puis un visa expiré pour Monaco, l’en auraient privé. Qu’à cela ne tienne. Son entraîneur Khalid Boulami, ex-coach de son frère Brahim, contrôlé positif à l’EPO après son record du monde du 3 000 m steeple à Zurich en 2002, va trouver la parade : « Des 1 500 m tests à l’entraînement. » Nubani précise : « On s’est inspiré pour cela de ce que faisait Hicham el-Guerrouj avec ses lièvres. Comme Rachid était très déçu de ne pas courir en meeting, on a eu un temps peur du surentraînement. Mais sa sortie à Tanger nous a prouvé qu’on était sur la bonne voie. » Une voie le faisant glisser du registre 800 m-1 500 m à celui du 1 500 m-5 000 m, doublé visé en Chine. Méticuleux, Boulami a préparé Ramzi à la chaleur de Pékin en l’emmenant à Tata, dans le sud marocain, proche du Sahara et de la frontière algérienne.
Une revanche sur le Maroc
Visiblement, l’athlète en a ramené des fourmis. Vendredi dernier, il avait bouclé une série ahurissante en 3’32’’89. Irrationnel. Cela ressemblait a s’y méprendre à sa série des Mondiaux 2005, à Helsinki, sur le chemin de son stupéfiant doublé mondial 1 500 m-800 m. Ainsi va Ramzi qui, à force de surprendre, ne surprend plus. Né marocain il y a vingt-huit ans, Ramzi avait accepté en 2002 l’offre des Bahreïniens, en quête de champions pour rivaliser avec le Qatar, leurs grands rivaux sportifs dans un Golfe qui naturalise les Africains à tours de bras. Il n’intéressait pas les Marocains ? Il allait leur montrer qu’ils avaient tort. Au pas de course. En 2003, ses références relèvent encore de l’anecdotique : des records à 1’47’’56 sur 800 met à 3’39’’30 sur 1 500 m. Puis il explose soudainement en 2004. Tout d’abord en décrochant la médaille d’argent mondiale en salle sur 800 m. Puis en s’imposant en 3’31’’25 sur 1 500 m lors du meeting de Rome, infligeant au passage au roi Hicham el-Guerrouj sa première défaite en quatre ans. La manière avait marqué les esprits. Celle d’un coureur passant dans la dernière ligne droite tous les cadors de la discipline (El-Guerrouj, Lagat, Baala) comme une mobylette sans plaque minéralogique. Désormais, il y est écrit champion olympique et champion du monde. Et ce n’est probablement pas fini. Puisque personne ne semble en mesure de lui retirer son permis.
NICOLAS HERBELOT - L'Équipe