Jules Ladoumègue - France - 800m/1500m

Date de naissance : 10 décembre 1906
Lieu de naissance : La Bastide
Date de décès : 2 décembre 1973
Lieu de décès : Paris
Nationalité : France

Une foulée, des records, des malheurs...
Le 10 novembre 1935, pas loin de 400.000 personnes sont amassées tout le long des Champs-Élysées pour voir Jules Ladoumègue déployer sa belle foulée. 400.000 personnes pour un homme.....
Cette gloire auprès du public n'est cependant pas le reflet de son aura auprès des instances fédérales que sont la FFA et l'IAAF. C'est en tant qu'athlète amateur radié à vie que Ladoumègue court en ce jour de novembre.
Une jeunesse difficile
Né en 1906, le début de la vie de celui qu'on appelait affectueusement "Julot", fut digne d'un roman noir.
Son père mourut quelques jours avant sa naissance, écrasé par des blocs de bois sur les docks de Bordeaux. 17 jours après sa naissance, une nouvelle tragédie vient marquer la vie de Jules, sa mère meurt brûlée vive chez elle. Il grandira chez un oncle et une tante de milieu très modeste. A l'âge de 12 ans il devient apprenti jardinier chez un architecte qui possède d'immenses plantations en bordure de l'hippodrome de Talence. On raconte qu'il regardait souvent les chevaux courir et qu'il se mettait par mimétisme à trotter comme un pur-sang.
"Très souvent, a raconté Ladoumègue, je regardais les trotteurs s'entraîner. J'aimais la foulée des chevaux, j'observais attentivement leurs mouvements de jambes. Je leur dois sans doute cette élévation du genou qui a donné son style à ma course".
Quand ce n'était pas son patron qui le surprenait à imiter les chevaux c'était sa tante qui dit-on, s'effarait de le trouver perché sur une table devant un miroir étudiant l'extension de la jambe arrière.
A 15 ans il court plus vite que ses camarades. Ceux-ci l'amènent à l'Union Athlétique Bordelaise. Jules participe à des courses régionales sur des distances allant de 8 à 20 km, avec souvent comme prix au vainqueur un écu d'une valeur de 5 francs. Ses performances le firent remarquer par les dirigeants du stade bordelais université club (SBUC) qui le font venir chez eux, et par la même occasion "rachetèrent" pour 500 francs la requalification de Jules. Celui-ci ayant touché de l'argent lors de ses courses, il n'était pas considéré comme amateur. Il a alors 18 ans et tout l'avenir devant lui. Son modèle est à cette époque Paavo Nurmi, il étudie sa technique de course sur les nombreuses photos qu'il découpe dans les journaux illustrés, photos qu'il accroche dans sa chambre.
Ses premières sélections internationales se font sur 5000m en 1926.
En 1927, il fait son service militaire à l'école de Joinville et est la convoitise de tous les clubs parisiens. Il opte dans un premier temps pour le stade français où il y rencontre Charles Poulenard qui devient son entraîneur. Ce dernier décide de le faire courir sur des distances plus courtes. En 1927, il est international sur 1500m et gagne son premier match en 4'07"2.
L'année 1928 le voit "exploser" au niveau des performances. Il devient champion de France du 1500m en 3'52"2, alors que le record du monde est de 3'51. Il devient un favori du 1500m des jeux olympiques qui vont se dérouler la même année à Amsterdam. Malheureusement son manque d'expérience sur la distance ne lui permet pas d'accrocher une médaille d'or à son coup. Après un démarrage prématuré lors de la finale, il finira second à 6 dixièmes du finlandais Larva. Au cours de l'année 1928, il disputera également quelques 800m, avec comme meilleur temps 1'52".
Le temps des records
A partir de 1929, il ne connut presque plus la défaite. Il demeurera notamment invaincu sur 1500m pendant 24 mois. En 1930, cédant aux encouragements de son entraîneur, il s'attaque au record du monde du 1500m sous les couleurs de son nouveau club le CASG. La tentative se passe sur le stade Jean Bouin, le 5 octobre à l'issue d'un match de rugby. Il est emmené par deux de ses amis qui sont par ailleurs deux des meilleurs spécialistes de demi-fond français, Séraphin Martin et Jean Keller. Ce dernier passe au 400m en 58"6, puis au 500m en 1'13"4. Le relais est alors pris par Martin qui passe en 2'33" au 1000m. Au 1100m, Ladoumègue se retrouve seul et allonge sa "majestueuse et romantique" foulée pour finir en 3'49"2, soit près de deux secondes de mieux que l'ancien record du monde. Ladoumègue est le premier coureur à descendre sous les 3'50".
Deux semaines plus tard toujours sur cette même piste c'est le record du monde du 1000m qui tombe avec à nouveau l'aide de ses deux amis. Le chronomètre s'arrête à 2'23"6 contre 2'25"8.
L'hiver 1930-31 est relativement calme, il prend ses distances avec la compétition, se marie et cesse pour un temps tout entraînement.
Cela ne l'empêche nullement de revenir au premier plan lors de l'été 1931 et de s'adjuger les records du monde du 2000m (5'21"8), du 2000m yards, du ¾ de miles. Le 4 octobre de cette même année il s'estime suffisamment prêt pour s'aligner sur la distance reine de l'époque, à savoir le mile, dont le record (4'10"4) est alors détenu par l'homme qui fut son idole et modèle : Paavo Nurmi.
Cela se passe sur la piste de 450m de son stade fétiche, le stade Jean Bouin, devant 15 000 spectateurs.
Cette fois ci, ses lièvres habituels ne sont pas là. Le train sera assuré par un jeune coureur, René Morel, qui assure une allure régulière, mais un peu trop lente au goût de Ladoumègue. Le 400m est atteint en 1'00"8, le 800 en 2'04"2. Au 1000m réalisé en 2'34"6 Jules est seul ; "c'est là que commença ma véritable course, a raconté Ladoumègue : je me sentis frais comme je ne l'avais encore jamais été. Je démarrai donc à 450m de l'arrivée en ne pensant qu'à une seule chose : rattraper le temps perdu. J'allongeai ma foulée, je dégageai ma poitrine, levai légèrement la tête. Je fus étonné que la dernière ligne droite vint si vite : au passage au 1500m, on me cria 3'52"4. Je sus alors que j'allais faire mieux que Nurmi." En effet il passe la ligne d'arrivée en 4'09"2, soit 1"2 de mieux que son idole.
Ce sera là le dernier chef d'œuvre de Ladoumègue en tant qu'amateur.
L'argent ne fait pas le bonheur....
Dans les années 30, la notion d'amateurisme est très importante dans le sport.
Dès 1928 et son passage du stade français au CASG (Club Athlétique de la Société Générale) où Ladoumègue accepte une situation plus ou moins fictive à la société générale, la fédération française d'athlétisme s'intéresse de près à lui. En 1930, des dirigeants allemands l'accusent d'avoir exigé et obtenu 6000 francs afin de courir à Francfort. Afin d'éviter d'être prématurément radié, un dirigeant du CASG, Georges Vitau affirme avoir pris pour lui cet argent. Ce dernier sera en vertu des règles strictes de l'amateurisme disqualifié à vie. Ce n'était là qu'un répit pour Ladoumègue. En 1931, la Suède l'accuse d'avoir exigé 25000 francs pour participer à deux réunions. Une enquête fut alors ouverte par la FFA sur demande de la fédération internationale. On apprit alors que le CASG avait tenté de faire jouer la concurrence entre plusieurs clubs afin que Ladoumègue puisse participer à un meeting. Le club du Havre avait finalement accepté de payer 6000 francs, alors que Strasbourg et Orléans n'en étaient qu'à 3000 francs chacun. La FFA décida de confronter Ladoumègue et les dirigeants havrais. Mais le jour de la confrontation Ladoumègue ne vint pas. Une soit disant panne de voiture l'avait empêché d'être présent. La FFA ne put qu'entendre les Havrais, la cause paraissait entendue. La radiation de Ladoumègue fut votée le 4 mars 1932 par 13 voix contre 5 abstentions.
"On m'a brisé les jambes" disait Ladoumègue. A 26 ans, détenteur de tous les records mondiaux du 1000m au 2000m, il ne put assister qu'impuissant à ce qui aurait dut être le couronnement de sa carrière : les jeux olympiques de Los Angeles. A ses cotés se trouvait le héros de sa jeunesse, le Finlandais Paavo Nurmi, lui aussi disqualifié pour les mêmes raisons et lui aussi à la veille de ces jeux olympiques maudits.
"Jamais il ne devait guérir de cette profonde déchirure qui demeura jusqu'à sa mort, comme une plaie ouverte" écrivit Robert Parienté.
"La pensée qui m'obsédait le plus disait Ladoumègue, concerne la trop courte longévité d'un athlète. Un chanteur, un musicien, un écrivain remplissent leur existence toute entière grâce au don que le ciel leur a accordé. Les athlètes sont comme des chiens, ils ne vivent pas assez longtemps."
Ladoumègue devint professionnel et tenta vainement d'améliorer ses records amateurs mais le ressort était cassé. Il fit notamment quelques exhibitions contre des chevaux, se produisit en URSS. En 1943, il fut requalifié et à 37 ans réussissait 3'58" au 1500m.... Source
Jules Ladoumègue
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