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Rudolf Harbig - Allemagne - 400m/800m/1000m/4x400m

Date de naissance :8 novembre 1913
Date de décès : 5 maris 1944
Lieu de naissance : Dresde
Nationalité : Allemagne

Le temps d'une révolution
Nous sommes le 15 juillet 1939 en fin d'après-midi. Il fait chaud, l'air est immobile. Dans le Stadium en ébullition, un athlète hors du commun est en train d'enflammer la piste en terre battue, l'incroyable va se produire ! Les chiffres s'égrainent sur le chronomètre de Waldemar Gerschler : 1'40-41-... plus que quelques mètres à parcourir, 45-46.....Top : 1'46"6 ; une minute quarante six secondes et six dixièmes, record du monde ! En ce jour de juillet de l'année 1939, Rudolf Harbig, l'athlète de Waldemar Gerschler, a battu le record du monde du 800m de 2''8. Le record tiendra pendant 16 ans ; l'écart par rapport au précédent record ne sera jamais plus atteint sur cette distance. Avec ce record, Rudolf Harbig inaugure une nouvelle ère ; il ouvre les portes d'un domaine où l'on ne croyait pas qu'il fut humainement possible d'accéder.
Un entraîneur
Harbig fut découvert par Waldemar Gerschler en 1934 lors des journées de "l'athlète inconnu" mises en place par la fédération allemande d'athlétisme. A cette occasion, Harbig, alors âgé de 20ans, courut son premier 800m dans le temps de 2'04''. Ancien professeur d'histoire, de philosophie et d'allemand Waldemar Gerschler découvre très tôt les vertus de la condition physique en fréquentant l'institut des sports de Leipzig. Il dédaigne la spécialisation ; il veut tout faire et tout savoir avant d'enseigner aux autres. Il s'intéresse au football, à la natation, à la gymnastique et à l'athlétisme. C'est pourtant sur la piste qu'il décide d'éprouver ses qualités d'entraîneur en créant la section d'athlétisme du Dresden Sport Club. C'est dans ce club que Harbig construisit ses succès. A l'époque, il enchaînait les séances sur piste. De séances en séances, il progressait, améliorait sa résistance comme son envie de vaincre. Pendant deux ans, il se renforça au point de devenir imbattable. En dépit de sa formidable progression, Harbig du encaisser la plus grande déception de sa carrière aux JO de Berlin. Affaiblit par une grippe intestinale, il fut éliminé dès les séries du 800m. Cette contre-performance déchaîna les critiques. Beaucoup assimilèrent cet échec aux Jeux Olympiques à un excès d'entraînement. Gerschler fut critiqué pour ces méthodes jugées trop dures. Pourtant le souci de ne pas trop s'user à l'entraînement était au centre des préoccupations du couple Gerschler - Harbig. La femme de Harbig, décédée en 1962, écrivit à ce sujet : "en général on était de l'avis, que même si c'était bien on avait trop fait. [...] Tous les sceptiques auraient du être mieux informé, car Gerschler savait bien ce qu'il pouvait exiger de Rudolf".
La connivence
"Depuis le jour où Rudolf s'était complètement fié à son entraîneur, plus rien d'autre ne comptait pour lui que d'exécuter fidèlement et avec exactitude les consignes d'entraînement, aussi difficiles qu'elles lui semblaient. Les rapports de confiance avec son entraîneur ne se limitaient pas au domaine sportif mais s'étendaient aussi à toutes les affaires personnelles de sa vie privée. C'est peut être là que se trouvait la clef des autres succès de Rudolf". La complicité entre les deux hommes se retrouve dans les propos d'un Gerschler rendant compte des qualités de son athlète.
Les clés du succès
La force morale
Gerschler explique le phénomène Harbig par "une harmonie parfaite de la personnalité". Pour lui, aucun coureur n'a atteint Harbig dans l'aisance naturelle de ses capacités. "Harbig se mettait complètement à disposition sans contradiction aux situations les plus difficiles du domaine de la haute performance. Il ne perdait jamais confiance dans son entraîneur, il n'avait pas la sensibilité psychologique des athlètes actuels. (NDLR : propos recueillit en 1969). Il ne connaissait aucune crise".
D'un point de vue plus athlétique,"la grande qualité natice de Harbig était sa capacité à changer d'allure à l'entré de la dernière ligne droite, c'est quelque chose de tout à fait exceptionnel que je n'ai revu chez aucun autre athlète" affirme Gerschler.
Gerschler voyait deux raisons à la profonde motivation de Rudolf. La première est que "Harbig était d'une origine sociale de très faible condition. Il vit dans le sport la grande chance d'une promotion sociale. La deuxième raison était liée à sa mère. Il voulait lui offrir la possibilité d'une vie meilleure, et pour lui c'était la plus grande stimulation de voir comme elle était fière de son fils célèbre ainsi que de ses succès."
Ce que ne dit pas Gerschler, c'est qu'il a appuyé cette force morale d'une méthode d'entraînement révolutionnaire.
L'entraînement par intervalles
Gerschler avait eu connaissance des travaux du cardiologue H. Reindell. Depuis plusieurs années, ce médecin utilisait l'exercice physique pour améliorer les performances du cœur de ses patients malades. Il avait en outre montré que la méthode la plus efficace pour parvenir à cette fin était la répétition de courses réalisées sur des distances courtes et entrecoupées de brèves périodes de repos. Pendant la course, le cœur atteignait des pulsations de l'ordre de 180 pulsations par minute pour retomber à 120 pulsations à l'issue des périodes de repos.
Gerschler compris l'intérêt de cette préparation pour les athlètes. Il fut le premier à l'appliquer avec le succès qu'on lui connaît. Cette méthode "révolutionnaire" pris, par la suite, le nom "d'interval training".
En dépit, de l'importance certaine de la préparation par intervalles, Gerschler mettait lui aussi en avant l'aspect relationnel entraîneur-athlète. "Cette méthode serait inopérante si l'on n'y ajoutait pas la parfaite communion d'idées, de sentiments que doit exister entre l'athlète et l'entraîneur. Le contact, la compréhension sont aussi essentiels que le travail sur piste".
C'est donc une synergie très forte entre une préparation adaptée, des qualités personnelles indéniables et une confiance de tous les instants avec son entraîneur qui assura les succès de Harbig. Et des succès il y en eut. D'août 1936 à septembre 1940, il demeura invaincu sur 800m, totalisant 46 victoires.
La seconde guerre mondiale eue raison de ce formidable athlète. Le 5 mars 1944, à l'âge de 30 ans, Rudolf Harbig mourut sur le front de Prusse orientale en défendant un pont. Un an plus tard, dans la ville de Dresde noyée sous les bombes, l'appartement de Gerschler fut détruit par les flammes. Dans cet appartement, se trouvait un chronomètre qui n'avait jamais été remis à zéro depuis un fameux jour de juillet 1939 ; un chronomètre dont les aiguilles indiquaient le temps de 1'46"6. Source
Rudolf Harbig
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