Tommie Smith - USA - 200m

Date de naissance : 5 juin 1944
Lieu de naissance : Clarksville (Texas)
Natioanlité : Etats-Unis

Tommie Smith
La mise au poing

Le 16 octobre 1968, Tommie Smith lève un poing ganté de noir dans le ciel de Mexico. À vingt-trois ans, il vient tout juste de remporter le titre olympique du 200 mètres. Son geste, qui marquera l'histoire, fait du podium des Jeux une tribune politique alors que l'Amérique est en pleine bataille des droits civiques.
Tommie Smith, êtes-vous toujours un fan de sport quand l'argent, la violence, le dopage gangrènent tout ou presque aujourd'hui ?
Mais l'homme est comme cela ! Depuis le début de la création, l'homme est engagé dans des guerres de religion, l'homme passe son temps à se détruire. Que montre le dopage finalement ? Que l'homme se perd toujours pour quelque chose, jamais pour rien.
Le monde du sport aurait peut-être besoin d'un nouveau poing dressé dans le ciel, un geste avec la même force que votre coup d'éclat des JO de Mexico 1968 ?
Aujourd'hui, j'utilise le sport comme un levier pour ouvrir les esprits. Je me dois d'être optimiste parce je suis aussi professeur, j'enseigne à de jeunes étudiants en Californie. Lorsqu'en juin 2005, je prendrai ma retraite, j'aurai fait passer mon message à quelque 500 000 élèves. À ce moment-là, je pourrai voyager de plus en plus dans le monde, juste pour continuer de parler aux gens. J'aime parler parce que j'ai des choses à dire. J'aime faire partager l'expérience de mes jeunes années d'athlète.
Mais, pour en revenir à Mexico 1968, en levant le poing là-bas, j'ai fait un sacrifice pour l'humanité. Là-bas, j'ai senti que je devais quelque chose aux autres. C'est pour cela que je me suis engagé même si, ensuite, j'aurais pu le payer très cher. De ma vie peut-être. Lorsque je suis descendu du podium du 200 mè- tres en 1968, on me hurlait : « Sale nègre, tu vas mourir à 14 heures demain ! »
Vous pensez que les jeunes d'aujourd'hui sont encore capables d'entendre votre message ?
Ils peuvent non seulement l'entendre mais le porter plus loin. S'ils enlèvent les « putains » d'écouteurs qu'ils ont sur les oreilles pour écouter leurs CD, on pourra enfin faire quelque chose.
Vos combats passent-ils mieux en France qu'aux États-Unis ? Vous sentez-vous soutenu chez vous lorsque vous prônez la tolérance et l'égalité ?
Je n'essaie jamais de calculer qui veut le plus ou le mieux entendre mon message. Je veux croire que mon rôle est de continuer à porter un message de paix. Ceux qui veulent l'accepter, le comprendront. Et puis ceux qui n'étaient pas d'accord avec moi à Mexico en 1968 méritent aussi d'être écoutés, parce que ce sont des gens comme les autres. Ils peuvent encore entrer dans le combat, il n'est jamais trop tard.
Votre geste de Mexico a marqué les esprits, est-ce que vous pensez qu'il a inspiré une génération ?
Vous savez, aujourd'hui, j'ai toujours des frissons lorsque je ferme le poing comme ce jour de 1968. (Il recroqueville ses doigts en même temps - NDLR.)
Maintenant, il y a beaucoup de gens qui sont morts aujourd'hui et qui ont peut-être fait plus que moi dans le combat pour la tolérance et l'égalité. Moi, j'étais simplement béni, mais je n'étais pas le seul à me battre. En tout cas, je suis sûr que mon geste peut être refait par d'autres aujourd'hui.
Mais est-ce que le monde d'aujourd'hui a besoin d'être secoué comme l'ont fait les sportifs dans les années soixante. On n'a pas l'impression que parmi les stars du sport actuel, il y ait un autre Mohammed Ali, un autre Tommie Smith.
Mais vous vous trompez, il y en a partout. En fait, il y a tellement de gens qui font des choses mais qui n'ont pas réalisé le pas en avant comme moi à l'époque.
Si je ne m'étais pas battu avec d'autres, quelle vie aurais-je dû vivre ? Imaginez-vous que mon père ne pouvait pas regarder un homme blanc dans les yeux, il devait baisser la tête. Je ne pouvais pas tolérer ça.
Vous ne pensez donc pas que les sportifs aujourd'hui sont beaucoup moins impliqués dans la vie politique ?
L'époque est différente. Moi, j'ai surgi à un moment où il n'y avait pas d'argent dans le sport et je m'en félicite tous les jours. Je n'étais pas payé alors qu'aujourd'hui beaucoup d'athlètes sont vendus au dollar tout-puissant. Toute la question est de savoir si vous voulez être un millionnaire, avoir tout ce que vous voulez ou clamer le mot « liberté » et être arrêté.
Pour vous, c'est l'argent qui a dénaturé le sport de compétition ?
Absolument. Que représentent les athlètes aujourd'hui dans leur grande majorité ? Font-ils du sport pour lui-même ou pour l'appât du gain ? Pour moi, la réponse est sans ambiguïtés, je crois que l'argent écrase, depuis quelques années, tous les autres aspects du sport. Resteriez-vous tranquille si vous faisiez cent millions de dollars pendant dix ans, je crois que vous feriez tout pour ne pas déranger le système qui a construit votre richesse. En 1968, à Mexico, lorsque j'ai levé le poing, c'était l'homme qui était au centre du projet, pas l'argent. Les temps ont changé. Source
   Mexico 1968 : finale du 200m
 Interview de Tommie Smith

Interview parue dans L'Équipe du 19 août 2008

Date de dernière mise à jour : 02/07/2021

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