Interview réalisée le 9 décembre 2008 (traduite de l’anglais) :
« Un regret ? Avoir accroché la dernière haie... »
L'Américain Kevin Young détient toujours le record du monde du 400m haies (46"78). Désormais retiré des pistes, celui que l'on surnommait « Spiderman » nous parle de son actualité, tente de nous expliquer le relatif échec des athlètes américains lors des Jeux de Pékin et revient sur sa carrière...
Kevin, que faites-vous actuellement ?
Je m'occupe d'une start-up, « the Phewsioneering Performance Company »*. On y enseigne la vitesse ! Je suis également partenaire du programme national d'éducation contre le diabète (« National Diabetes Education Program »), ici aux Etats-Unis.
Quel est exactement votre rôle au sein de la start-up ?
Sur le papier, j'en suis le Vice-Président, mais dans la pratique, je participe à l'entraînement des athlètes et leur enseigne la technique de course, notamment. La société a été créée par un de mes anciens coéquipiers, Edward Lovelace. Nous montrons aux coureurs, qu'ils soient amateurs ou professionnels, comment optimiser la longueur de leurs foulées et leur fréquence lorsqu'ils sont en mouvement. Les mécaniques qui dirigent le mouvement en course sont les mêmes dans d'autres sports tels que le baseball ou le football américain. La vitesse reste la VITESSE !!
Ce travail vous plaît-il ?
Oui, beaucoup. Cela a été difficile de convaincre les pratiquants d'autres sports de l'efficacité de notre entraînement mais lorsqu'ils constatent leurs progrès, ils comprennent que ces méthodes sont les bonnes.
Les Américains sont parmi les meilleurs en athlétisme et pourtant, ce sport reste marginal aux Etats-Unis...
C'est vrai. Surtout parce qu'il ne génère pas autant de revenus que le football ou le basket par exemple. Et je pense qu'il a été son propre ennemi au fil des années, à cause des problèmes de dopage. Un peu comme le cyclisme... Le problème, c'est qu'en athlé, aucune excuse n'est permise...
Qu'entendez-vous par là ?
C'est très simple : lorsque vous participez à un grand championnat, vous êtes préparé ou vous ne l'êtes pas. Si vous ne vous sentez pas bien ou si vous êtes blessé, ce n'est pas une excuse. Il faut assumer. Si vous n'êtes pas assez compétitif, cela ne sert à rien de vous aligner au départ. Je n'ai jamais cherché d'excuses pour expliquer mes défaites. De toute façon, quand on est prêt, les performances parlent d'elles-mêmes.
Les Américains ont tout de même réalisé un triplé sur 400m haies (Angelo Taylor, Kerron Clement et Bershawn Jackson)...
C'est vrai. Et c'est formidable. Cette année, ils étaient les meilleurs et les mieux préparés. Il n'y a pas de secret. Ce triplé est un des faits marquants des JO de Pékin.
Un autre événement vous a marqué ?
Les haies hautes. Pouvez-vous imaginer la pression que Liu Xiang avait sur les épaules ? Voici un jeune homme qui avait l'attention de tout un pays focalisée sur lui. Ça, c'est de la pression. Et cela durait depuis quatre ans. Vous savez, l'athlétisme, c'est 90% mental et 10% physique. Le tout n'est pas d'être en forme, mais de l'être au bon moment. Dayron Robles a été incroyable ! Quant à Ladji Doucouré, je comprends sa déception. La quatrième place, je sais ce que c'est...
Et chez les filles, vous vous souvenez de la finale ? Lolo Jones avait course gagnée... largement. Mais elle a manqué de concentration quand il ne fallait pas. Elle n'avait plus que ses yeux pour pleurer. En athlé, vous n'avez pas le droit à l'erreur. Je me souviens de ma première finale olympique. J'ai fini quatrième. Pas de poignée de main. Pas de tape dans le dos. Rien. Mais quelques années plus tard, c'était moi le vainqueur ! Champion du monde, olympique (en français dans le texte, NDLR) !
En quoi l'athlétisme est-il différent des autres sports ?
En athlé, vous ne pouvez compter que sur vous-même. Il n'y a pas d'effort d'équipe, à part dans les relais. Je pense que c'est pour cela que certains athlètes passent pour arrogants.
Pensez-vous Angelo Taylor, Kerron Clement et Bershawn Jackson capables de battre votre record du monde ?
C'est dur à dire. On ne peut jamais savoir. Ils ont tous du talent et les records sont faits pour être battus. Mais j'espère juste qu'aucun d'entre eux ne le fera dans les cinq ans à avenir au moins.
Pourquoi ?
J'aimerais pouvoir dire que mon record a tenu au moins vingt ans. On en est à seize actuellement.
Ce record est-il votre plus grande fierté ?
Oui, parce que personne ne m'en pensait capable, à part moi. Je l'avais prédit. Je savais que je pouvais passer sous les quarante-sept secondes.
Le temps aurait pu être encore meilleur si vous n'aviez pas accroché la dernière haie...
C'est tellement vrai ! Mais je suis satisfait du résultat. Je ne peux vraiment pas me plaindre.
Comment avez-vous commencé le 400m haies ?
Au lycée, un coach avait besoin de quelqu'un pour marquer des points sur la distance. J'ai essayé et je n'ai jamais arrêté. J'ai progressé petit à petit. A l'époque, je faisais des haies hautes, de la longueur, du triple et de la hauteur.
Quels étaient vos points forts et vos points faibles en course ?
Mon point fort, les haies. Peu importe le pied, le droit ou le gauche, je savais les passer. Ce n'était pas parfait, mais c'était efficace. Mon point faible ? Je n'en avais pas. J'étais le meilleur dans les intervalles.
Quels rapports aviez-vous avec vos concurrents directs ?
La plupart étaient des amis. Je n'ai jamais eu de problème avec qui que ce soit.
Et quand avez-vous mis un terme à votre carrière ?
En 1998. Je manquais de sponsors et de satisfaction. J'avais battu l'un des records les plus prestigieux de l'athlétisme et les gens n'étaient pas satisfaits. Ou réceptifs, devrais-je dire. Je ne m'attendais pas à grand-chose, si ce n'est peut-être à faire la couverture de Sports Illustrated. Ça n'est jamais arrivé. Mais je me suis souvenu des raisons pour lesquelles je faisais de l'athlé. Je suis quelqu'un d'assez timide par nature et ce n'était pas forcément plus mal de ne pas être trop exposé.
Un regret ?
Avoir accroché la dernière haie...
L'athlétisme a-t-il changé depuis que vous avez raccroché les pointes ?
Oui. Il y a beaucoup plus d'argent en jeu maintenant. Mais le principal changement, c'est l'intégrité du sport. Je déteste toutes ces histoires de dopage. Quand on triche, on perd son intégrité. Et les athlètes ne connaissent plus l'histoire de leur sport. Avec qui pourront-ils en parler quand ils auront raccroché les pointes à leur tour ?...
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2. sumo Le 13/12/2008 à 20:17
1. phil Le 10/12/2008 à 11:52