Interview réalisée le 27 avril 2009 (traduite de l'anglais) :
« Je suis encore très fort. »
Il est l'un des athlètes les plus respectés de sa génération, ayant montré ses qualités de champion aussi bien dans la réussite (lorsqu'il réalisa le doublé 1500m-5000m à Osaka en 2007) que dans la « défaite » (lorsqu'il fut battu par Hicham El Guerrouj à Athènes en 2004). Désormais américain, Bernard Lagat espère rebondir cet été après une année 2008 gâchée par une blessure au tendon d'Achille gauche et une saison 2009 en salle écourtée en raison d'une entorse. Et pas question de raccrocher les pointes...
Bernard, comment se passe l'entraînement ?
Tout se passe vraiment très bien ! Actuellement, je m'entraîne à Flagstaff, une ville dans le nord de l'Arizona.
Êtes-vous remis de votre blessure contractée cet hiver à Birmingham ?
Cette entorse fut l'une des blessures les plus graves de ma carrière professionnelle. La guérison complète a duré longtemps. Je peux désormais m'entraîner sans douleur, grâce à l'expertise de mon épouse en matière de traitement des blessures. J'ai beaucoup de chance d'avoir eu à mes côtés tout au long de ma rééducation quelqu'un sachant aussi bien traiter les blessures du sportif. Je suis rentré chez moi juste après le meeting de Birmingham et elle a pu commencer tout de suite à travailler sur ma cheville. J'ai pu reprendre le footing après quelques semaines.
« À Berlin, je doublerai 1500m et 5000m. »
Quels sont vos objectifs pour la saison 2009 et pour les Mondiaux de Berlin ?
Mon objectif pour cette saison est de gagner le plus de courses possible. Cela ne sera pas facile mais j'aime me fixer des objectifs élevés afin d'être prêt physiquement et mentalement à relever tous les défis que lanceront mes adversaires. Quant aux championnats du monde, mon objectif est bien sûr d'y réussir et de voir si je peux rentrer chez moi avec deux médailles autour du cou. Pour y parvenir, je doublerai 1500m et 5000m.
Quelle distance préférez-vous ?
J'aime courir le 1500m. C'est une distance sur laquelle je me sens détendu, à l'aise et extrêmement compétitif.
Avec le recul, comment expliquez-vous que vous ayez décroché deux médailles d'or aux Mondiaux d'Osaka et aucune aux Jeux de Pékin ? Vos adversaires étaient-ils plus forts ou étiez-vous moins en forme ?
Avant Osaka, j'étais dans la forme de ma vie. Mon entraînement se passait bien, je n'étais pas blessé et je m'étais débarrassé des problèmes gastriques dont j'avais souffert au début de l'année. Dans de telles conditions, j'étais prêt pour les championnats et c'est pour cette raison que j'ai pu faire le doublé 1500m-5000m.
Durant les semaines précédant Pékin, j'étais même encore plus en forme qu'en 2007. Mais tout a été gâché par une blessure au tendon d'Achille contractée juste après les Trials (séléctions olympiques américaines, NDLR). Mon échec à Pékin n'est dû qu'à une seule chose... une blessure au tendon d'Achille gauche. Je ne peux pas le nier, j'étais moins en forme à Pékin. Mais c'est normal étant donné je n'avais presque pas pu m'entraîner pendant près d'un mois.

Quelles relations avez-vous avec vos anciens coéquipiers kényans et avec vos coéquipiers américains ? Comprennent-ils votre décision de devenir américain ?
J'ai d'excellentes relations avec chacun de mes adversaires. Mes coéquipiers américains et les fans d'athlé aux États-Unis sont formidables et m'ont toujours soutenu, en tant que personne et en tant qu'athlète, comme l'un des leurs. Me sentir apprécié et aimé m'a aidé à vivre pleinement ma vie d'athlète professionnel. De la même façon, j'ai de bonnes relations avec mes anciens coéquipiers kényans. Avec les anciens coureurs, nous nous respectons et nous admirons mutuellement. Et je ressens le même respect et le même soutien vis-à-vis et de la part des athlètes contre lesquels je cours actuellement.
Ma décision d'être américain était profondément personnelle et je suis content de l'avoir prise. C'est un changement que je ne regrette pas et, au fond, c'est ce qui compte le plus..
Pourquoi avoir pris cette décision ?
Je vivais aux États-Unis depuis sept ans à l'époque, et je continuais à représenter mon pays d'origine dans de nombreuses compétitions internationales. Après ces sept années, je voulais faire davantage que simplement courir dans la vie (surtout une fois ma carrière terminée). C'est à ce moment-là que j'ai consulté ma famille et mes plus amis proches pour avoir leur opinion sur cette décision importante que j'étais sur le point de prendre. J'ai changé de nationalité tout en continuant à courir au meilleur niveau, ce qui m'a donné la possibilité de rendre au pays et au peuple des États-Unis ce qu'ils m'avaient donné en me soutenant. Et quoi de mieux pour ça que de représenter les États-Unis en grand championnat ?
Quels objectifs voulez-vous atteindre avant de mettre un terme à votre carrière ?
Même à 34 ans, je peux vous assurer que je suis encore très fort et très en forme, et j'aime toujours autant la compétition. C'est pour cela que je ne vois aucune raison de précipiter ma retraite. Mon objectif ultime est de décrocher l'or olympique. Sachant cela, je ne pourrai mettre un terme à ma carrière l'esprit tranquille qu'après avoir réalisé ce rêve, (peut-être) lors des prochains Jeux.
Revenons en arrière. Quand avez-vous commencé à courir ?
J'ai commencé à l'école primaire, à la fin des années 1980. Mais ce n'est qu'en 1992, pendant ma deuxième année au lycée, que j'ai vraiment commencé à comprendre ce que c'était de courir. Je me suis mis à courir plus sérieusement, tout en m'assurant de réussir mes études.
Y avait-il quelqu'un que vous admiriez étant enfant ?
Oui, ma grande sœur, Mary Chepkemboi Lagat. À mes yeux, ma sœur était la coureuse la plus douée de son époque. Je n'avais jamais vu une athète aussi assidue, travailleuse et disciplinée. Elle avait dû se battre pendant son enfance et avait donc à cœur de réussir sa carrière de sportive. C'est elle qui m'a enseigné les valeurs du travail, de la patience et de la volonté de réussir.
« Aucun objectif n'est trop élevé. »
Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite suivre vos traces et réussir dans l'athlétisme ?
Faites toujours de votre mieux. La patience est quelque chose qu'il nous faut apprivoiser dans notre vie de tous les jours. Mais elle est indispensable pour réussir dans le sport, quel que soit le niveau. La réussite n'arrive pas du jour au lendemain. Il faut du temps et beaucoup d'entraînement, d'engagement et de discipline.
Et fixez-vous des objectifs, des objectifs réalistes, tout en sachant qu'aucun objectif n'est trop élevé. Si vous vous donnez à 100% pour atteindre ces objectifs, vous pouvez faire ce que vous voulez dans la mesure de vos capacités naturelles, sans dopage...
Comment se déroule une journée normale dans la vie de Bernard Lagat ?
Il s'en passe des choses dans une « journée normale de Bernard Lagat » ! Je vais résumer un peu...
Enfant, on m'a appris à apprécier la famille. C'est pour cela que ma famille représente tout pour moi. Lorsque je ne suis pas à l'entraînement ou en voyage, je prends le temps de profiter de ma famille à Tucson (dans l'Arizona, NDLR). Je passe des heures à jouer à toutes sortes de jeux avec mon fils Miika, qui a trois ans. Il aime les voitures et les trains. Cela nous occupe lui et moi pendant des heures ! Ma fille Gianna n'a que six mois et elle aime regarder Miika et Papa jouer. Pendant nos pauses, Miika et moi chantons pour Gianna. (Nous n'avons certes pas le niveau de Susan Boyle (chanteuse candidate à l'émission britannique "Britain's Got Talent" ayant créé un véritable buzz sur Internet, NDLR) mais nous sommes fiers de pouvoir dire que nous sommes les meilleurs chanteurs de chansons d'enfants de notre famille !). J'aime également m'occuper de mon jardin. Donc lorsque les enfants font leur sieste, je travaille dehors pendant que ma femme fait d'autres choses dans la maison. Une fois les corvées terminées, je prends le temps de me reposer et il m'arrive de lire le courrier de mes fans, des lettres envoyées par mes fervents supporters. Le soir, nous invitons parfois mes deux frères et leurs femmes pour un barbecue. Sinon, nous sortons dîner et profitons les uns des autres. C'est ma journée en résumé. THE END...
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