Novembre 2008 : « Mes Jeux de Pékin », par Xavier Le Draoullec

Il y a quelques semaines s’achevaient les Jeux Paralympiques de Pékin. Et avec eux l’incroyable carrière de Xavier Le Draoullec, spécialiste de la longueur et du pentathlon et membre historique du relais 4x100m français. Il revient en exclusivité pour www.athletesmondiaux.com sur le déroulement de ces Jeux et nous explique les raisons pour lesquelles il en gardera un souvenir amer… 

« Voici ce qui s'est passé à Pékin, le pourquoi de mes essais mordus et le comment de notre quatrième place lors du soi-disant relais. Mais avant toute chose, pour bien comprendre, il faut savoir le mot d'ordre à Pékin : « pas de vague ». 

Le 18 juillet, mon ménisque interne a explosé lors d'un entraînement de longueur avec mon coach Gérard Vialette et ma partenaire d'entraînement Marie Collonvillé. C’était un mardi et je suis rentré au bloc le vendredi matin pour en ressortir le jour même. Interdiction de me lever pendant deux jours. Je me plie aux ordres. Première séance de kiné le lundi suivant. Puis départ pour le premier regroupement à Vichy le samedi. Voilà pour la petite histoire… 

Retour sur les Jeux. Je dois au départ participer aux épreuves combinées mais le DTF (Directeur Technique Fédéral, NDLR) et le staff décident de ne pas me confirmer pour ne pas compromettre la suite de la compétition, ce que j'accepte. Le relais doit avoir lieu le 15 septembre au soir et la longueur le 16 au matin. Nous avions mis en place, le staff, les kinés et moi, un protocole pour que je revienne sans douleur au genou : kiné, piscine et musculation tous les jours du matin au soir, avec le responsable du sprint et des relais, Joe Massetti, qui s’occupait de ma reprise en course par des exercices spécifiques. Tout allait bien, les douleurs diminuaient et je pouvais trottiner. Mais la veille du relais, notre DTF, Patrice Gergès, nous annonce qu'il n'y aura pas de relais le 15 et qu'il est reporté au 16 au soir. Tout ce que nous avions mis en place « se casse donc la gueule » car j’étais censé me défoncer pour le relais et le lendemain pour la longueur, tout donner, me faire plaisir… quitte à ce que le genou lâche. Cela change donc la donne. Il n’est plus question que je fasse le concours de longueur et que je risque de me blesser et de compromettre le relais. Le staff me demande de me rendre au stadium, de ne faire qu'un saut et de dire que j'ai mal. En cas de contrôle, je n’aurais qu’à montrer mon genou. Au moins, le relais serait sauf. J’accepte évidemment. Depuis toujours, j’ai toujours fait passer le relais avant mes intérêts personnels. En plus, pour nous Français, le relais est une véritable institution depuis les premiers jours… 

Le 16 au matin, je me rends donc sur le stade. Il est 9h, le Nid est déjà en grande partie comble. Du jamais vu. Je prends mes marques, j’essaie de courir, avec une certaine crainte. Après avoir mordu un saut pour lequel j’avais utilisé mes marques d’entraînement, je passe à mes marques de compétition. Pendant que les autres concurrents sautent, je m'échauffe. Je vais de plus en plus vite. Je suis appelé pour le deuxième ; je suis dans ma bulle. Je vais déclencher ce saut là, seulement celui-là, pour faire au moins un beau saut. Il me reste trente secondes. J’entends mon référent de longueur crier « Papy, Papy » en me faisant signe de la main. Je comprends qu’il faut que je change mon pied d’appel ; le droit passe derrière. Je mords mon saut. Idem pour le troisième, mais de rien. Et j’étais loin… Je quitte donc le stade sans avoir sauté, le cœur brisé. Mais il reste le relais. Mes coéquipiers comptent sur moi. Je lance le relais, j'ai une pression énorme et je ne dois décevoir personne. 

Le soir venu, pour ne pas sentir de douleur, je prends non pas deux mais six cachets d’anti-inflammatoires, ceux que je prenais après mon opération, plus un « Red Bull »… Un orage s'abat sur Pékin. Nous terminons l'échauffement dans le couloir du stadium et là, je ressens une pointe au cœur. Je me dis « et merde, je vais crever… ». Je dégouline de sueur. Je m'arrête. Le coach me dit : « Papy, cool ! Arrête-toi une seconde et reprends cool. » Je ne dis rien. Mes pulsations se calment. Je reprends l’entraînement sans douleur et avec une pêche d'enfer. Nous sommes appelés à la première chambre d'appel. Vérification des sacs, des dossards... comme d’habitude. Je vois alors un Brésilien qui palabre avec un juge-arbitre. Clavel (Kayitaré, NDLR, autre membre du relais français) remarque qu'il n'a pas de main, alors sur le ton de la plaisanterie, il dit une connerie, qui nous fait tous rire d'ailleurs…  Au moment de nous lever pour la deuxième chambre d’appel, ce même juge nous arrête tous et nous informe que les Brésiliens ne passeront pas de relais, un des athlètes n'ayant pas de main. Là, tout le monde gueule. On est d’accord pour qu’ils courent s’ils veulent, mais hors compétition. C’est alors qu’arrive un responsable de l’IPC (Comité International Paralympique, NDLR), brandissant une feuille : « Voici le règlement. Il stipule que… ». Je m’énerve et dis aux autres : « On dégage ! ». Certaines équipes font mine de bouger et le gars de l’IPC dit « Puisque vous le prenez comme ça, il n'y aura pas de relais ». Je comprends alors que la course est annulée, et non pas que les passages se feront à la touche et qu’on pourra toucher n’importe quelle partie du corps ! En quinze ans de carrière, c’est la première fois que j’entends une telle connerie ! Je demande alors à téléphoner aux coachs pour leur dire ce qui se passe en bas. Interdit. Je demande alors si nous pouvons changer le dispositif de notre relais. Pas de réponse. On nous pousse vers la deuxième chambre d’appel. Nous parlons entre nous. Avons-nous ou pas le droit de changer l'ordre puisqu'il n'y a plus de témoin ?! 

Le plus dégueulasse dans cette histoire, c’est que les Brésiliens ont demandé une dérogation juste avant, sans qu'aucune fédération ne soit mise au courant. Si ça n'est pas de la triche et de la malhonnêteté, je ne comprends plus rien. Et ce qui est aberrant, c’est que l’IPC n'a pas pris position et a bafoué les règles et l'éthique mêmes du sport. Un relais sans témoin n'est plus un relais. C’est juste une course ou un jeu chat-touché. Si nous avions su ou pu, jamais je ne serais parti en première position, j'aurais effectué le virage opposé et Serge Ornem aurait pris ma place… 

Voilà, les choses sont dites. Et voilà pourquoi, oui, j’ai mordu mes trois essais. Voilà pourquoi je suis en colère contre l’IPC. Surtout lorsque je lis sur la toile depuis mon retour « hé oui Xavier Le Draoullec a mordu ses trois essais… ». Mais personne ne sait que je me sens comme une femme qui vient de subir un viol. Je suis le vilain, le coupable… » 

Les Brésiliens ont finalement pris la deuxième place de ce « relais ». Les Américains ont décroché l'or, nouveau record du monde à la clé (42"75) et les Brésiliens ont décroché le bronze. Les Français, eux, sont quatrièmes...

Le 22 octobre, Xavier était à Monaco pour une journée Handitel. Des personnalités du petit écran, du CSA, de TF1, de France Télévisions et de Webtv étaient présentes, ainsi que le Vice-président d’Eurodata TV World et un représentant d’IPC Communication. Il a pris la parole et a raconté ce qui s’était passé à Pékin en leur expliquant que tout était lié selon lui à un manque de média et de communication de la part de toutes les chaînes françaises, privées ou publiques…

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Commentaires (2)

2. sumo Le 02/11/2008 à 20:34

c'est vraiment pas de chance pour des athlètes qui méritaient une médaille après autant de préparation!!

1. un officiel des championnats du monde handisports de 2002 Le 26/10/2008 à 17:28

témoin durelais de Villeneuve d'Ascq, je comprends l'amertume des relayeurs Français et plus particulièrement celle de Xavier qui se sentait capable d'obtenir un titre Paralympique avec son équipe. Heureusement qu'un site de qualité pense à "relayer" ces évènements
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Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2008
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