Interview réalisée le 26 novembre 2009 (traduite de l’italien) :
L'histoire du sprint ne se résume pas à Usain Bolt.... L’athlète mis à l'honneur ce mois-ci en a écrit l'une des plus belles pages. Icône de tout un peuple, l’Italien Pietro Mennea a battu en 1979 le record du monde du 200 m de Tommie Smith, en réalisant 19"72 à Mexico. Ce record ne fut battu que dix-sept ans plus tard, par un certain Michael Johnson... Il s'agit toujours du record d'Europe. Pietro Mennea a arrêté l’athlétisme depuis quelques années maintenant, mais il reste très engagé dans le sport. Interview.
« Mon record m’aurait valu la médaille d’argent à Pékin et à Berlin, derrière Usain Bolt… »
Pouvez-vous nous parler de votre livre, « 19”72: record di un altro tempo »1 ?
Lorsque j’en ai commencé l’écriture, mon record2 allait fêter ses trente ans. C'est toujours le record d'Europe. Mais actuellement, beaucoup l'ignorent. Mon objectif était d'expliquer aux jeunes, aux nouvelles générations, ce qu’il faut pour atteindre ce niveau de performance. Je voulais raconter mon parcours, mon entraînement, les sacrifices que j'avais dû faire pour battre l'ancien record du monde, les 19"83 de Tommie Smith, qui avaient tenu onze ans. Il faut savoir que mon record personnel m’aurait valu la médaille d’argent lors des Jeux de Pékin et des mondiaux de Berlin, derrière Usain Bolt…
Pourquoi ce titre ? En quoi l’athlétisme a changé depuis l'époque où vous avez établi ce record du monde ?
Les méthodes d’entraînement et la qualité des pistes ont évolué. J’ai participé à cinq Olympiades et à tous les événements majeurs, sans blessure. Ma carrière a duré vingt ans. Actuellement, il est rare de voir des sprinteurs rester au meilleur niveau plusieurs saisons consécutives.
Votre record du monde du 200 m a tenu dix-sept ans. Comment l’expliquez-vous ?
Beaucoup ont essayé de le battre, sans y parvenir. En Italie, il y a un meeting organisé dans la ville de Sestrières, à 2000 m d’altitude. Une année, les organisateurs ont tout fait pour que mon record soit battu. Ils ont promis une Ferrari comme prime à celui qui le battrait et ont fait venir Michael Johnson. Je leur avais dit que si mon record n'était pas battu,
Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser sur 200m ?
Ce n’était pas vraiment un choix. C’est une question de prédispositions, de constitution. J'avais un physique longiligne, j'étais plus léger que les autres sprinteurs, plus résistant aussi. Je pouvais donc davantage m’exprimer sur 200 m que sur 100 m. Je n’avais pas assez de masse musculaire pour une distance plus courte.
La différence entre mes 19"72 et les 19"19 de Usain Bolt n’est pas si importante quand vous y pensez, surtout sur la deuxième partie de course. S’il veut être encore meilleur, Bolt doit travailler sa résistance.
Vous êtes-vous également essayé au 400 m ?
Oui. J'ai d'ailleurs été champion d'Europe en salle en 1978.
Vous détenez toujours le record d’Europe du 200 m. Pensez-vous que quelqu’un sera en mesure de le battre l’an prochain ?
Mon record sera battu tôt ou tard, c’est sûr. Mais je ne peux pas vous dire si cela sera l'année prochaine. Le Français Christophe Lemaitre fait partie de ceux qui peuvent le battre. Il a réalisé de belles choses déjà. Il a des qualités. Il sera intéressant à suivre.
Et qu'en est-il d'Andrew Howe ?
Je pense qu'il est fait pour la longueur, pas pour le sprint. Il a du potentiel en longueur. C'est cette voie-là qu'il doit suivre. Le niveau actuel est extrêmement relevé et dense en sprint, avec Usain Bolt, Tyson Gay, et j'en passe. Il y a moins de concurrence à la longueur. C'est plus facile de s'y faire une place.
L’athlétisme italien n’est pas au mieux actuellement…
C’est vrai. Notre système sportif tout entier est en crise. C’est un vieux système, sclérosé, qui ne fonctionne pas. Les sommes injectées dans le sport par le gouvernement s'élèvent à 470 millions d’euros par an. C'est plus que
Que faudrait-il faire pour améliorer les choses ?
Changer les gens qui dirigent le sport en Italie ! Ceux qui sont au sommet de la pyramide. Ce sont les mêmes, depuis vingt, trente, voire quarante ans ! C’est déprimant et triste de voir ça…
« Ma plus grande fierté, c'est ma longévité. »
Outre votre record du monde, de quoi êtes-vous le plus fier ?
J'ai eu la chance de pratiquer une discipline olympique et d’y décrocher l'or aux Jeux. J’ai également battu le record du monde. J’en suis évidemment très fier. Mais à part ça, ma plus grande fierté, c'est ma longévité. C’est rare chez les sprinteurs. J’ai couru chaque année pendant vingt ans, prolongeant à chaque fois ma saison jusqu'au mois de septembre ou d'octobre. Je pense que j’en étais capable grâce aux heures d’entraînement que je m’imposais. Cinq ou six heures par jour, voire huit quand j'étais en retard sur mon programme ! C’était ma force.
Quelle est votre actualité à présent ?
Je partage mon temps entre plusieurs activités. Je suis avocat, mais également expert dans les questions relatives au sport et aux politiques de lutte contre le dopage. Je m'occupe aussi de la fondation qui porte mon nom3. Cette fondation est une alternative au Comité Olympique. Nous menons des actions de solidarité, pour véhiculer les valeurs olympiques, ce que ne fait pas le Comité Olympique. Nous, ce n'est pas le business qui nous intéresse ! Parallèlement, j’écris de nombreux ouvrages1, sur le sport, les Jeux Olympiques… J’ai notamment écrit un livre sur les Jeux d'Athènes, un autre sur ceux de Pékin. Je voyage pas mal en Italie. Je me rends notamment dans des universités, pour parler de sport, de dopage... Enfin, j'ai été Député Européen à Strasbourg et Bruxelles pendant cinq ans.
1 Tous les ouvrages de Pietro Mennea sont disponibles à la vente sur www.pietromenneastore.com.
2 Visionnez la course du record du monde ici.
3 Plus d'informations sur www.fondazionepietromennea.it.
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2. Odile Le 05/12/2009 à 09:00
1. VAMAU19 Le 01/12/2009 à 18:13